Comparative Law

(Portrait) Sandrine Roca, bâtonnière de Tarn-et-Garonne

Deuxième femme à avoir pris les rênes du barreau de Tarn-et-Garonne, Sandrine Roca appréhende son mandat de bâtonnière avec lucidité et pragmatisme. Pour cette Montalbanaise, le secret tient en deux mots : humanité et écoute.

La robe, Sandrine Roca a toujours voulu la porter. Et depuis lors, elle n’a jamais dévié de cet objectif. « Je me réfère souvent à la phrase de Blaise Pascal : « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique ». J’avais envie de concourir à cette recherche d’équilibre, en apportant mon aide à ceux qui avaient des épreuves à traverser dans la vie. » C’est à Toulouse que cette native de Montauban a donc entamé ses études de droit privé ; d’abord à l’université des Sciences Sociales, où elle décroche à terme un DEA de sciences criminelles, puis à l’IEJ afin de préparer l’examen d’entrée au CRFPA.


L’humain derrière le dossier.
Cap ensuite sur l’école d’avocats de Toulouse, avant une prestation de serment en 1998. Sandrine Roca intègre alors le cabinet d’affaires toulousain de Jean-Paul Bouche afin de prendre en charge les dossiers en droit pénal des affaires. « J’ai notamment le souvenir de dossiers en droit pénal de la consommation, très techniques et intéressants, avec des enjeux financiers importants », détaille-t-elle. En 2002, retour aux sources à Montauban, où l’avocate pousse les portes du cabinet généraliste de Jean-Claude Delrieu avant de partir deux ans plus tard visser sa plaque. Aux côtés d’une consœur montalbanaise, elle intervient désormais essentiellement en droit des personnes et de la famille ainsi qu’en droit pénal. Une matière qui continue de la passionner… « Ce sont des dossiers où l’on touche à l’humain, à des choses qui dépassent parfois l’entendement », explique l’avocate de 51 ans. « Derrière chaque homme ou femme, auteur ou victime, il y a une histoire. Mais cela, beaucoup ont du mal à le comprendre ; il suffit de voir la haine déversée sur les réseaux sociaux, qui sont la caisse de résonance des faits divers, sans que l’on ait pris le temps au préalable de se renseigner sur une affaire… » De cette profession « protéiforme », elle souligne également la diversité et son plaisir à devoir se réinventer sans cesse. Le tout, en militant sans relâche pour une simplification de la justice et des procédures. « Nous avons eu réformes sur réformes qui n’ont eu pour but que de créer des chausse-trappes dans la gestion des flux de dossiers et faire en sorte que certains d’entre eux sortent du circuit », déplore Sandrine Roca. « Compliquer les procédures à l’infini empêche le justiciable d’avoir un accès à un juge, et nourrit ainsi le sentiment d’injustice. Cela peut être dangereux et conduire notamment à des crises sociales. »


Dans la Cité et sur la toile.
Engagée, l’avocate l’a également été lorsqu’il s’est agi de s’investir pour son barreau. Après plusieurs mandats en tant que membre du conseil de l’ordre, où elle affirme avoir énormément appris quant au fonctionnement des institutions et de la profession, Sandrine Roca est ainsi devenue la deuxième femme à prendre le bâton dans le Tarn-et-Garonne. À la tête du barreau pour le mandat 2022-2023, comme précédemment au sein du conseil de l’ordre, elle reste convaincue que l’écoute fait la différence. « C’est une qualité essentielle à ces fonctions, car les confrères font parfois face à de grandes difficultés et il s’agit de les aider à construire une solution ad hoc », affirme celle qui, depuis le début de son mandat, a principalement entendu deux besoins : celui, tout d’abord, de réinscrire les avocats dans la Cité après deux années de crise sanitaire. « Il est important que nous soyons présents dans les grands événements où les avocats ont un rôle à jouer, par exemple dans ceux qui s’inscrivent dans le cadre des violences faites aux femmes », illustre la bâtonnière. « L’ordre essaie d’apporter un éclairage sur cette problématique, et notamment sur les droits de la défense. Il s’agit d’aider le grand public à comprendre ce qu’il y a derrière ce genre d’affaires. » Autre nécessité, celle de se moderniser et de passer à l’ère du numérique afin d’aider les structures à fonctionner de manière plus efficiente. Une démarche qui passe notamment par le changement du logiciel de l’ordre des avocats de Tarn-et-Garonne. L’avocate, qui tient également à conserver ses dossiers, ne souhaite pas se disperser au-delà de ces deux missions ; lucide, elle évoque notamment le côté énergivore de la fonction. « Je vais essayer de me concentrer sur cette tâche », indique-t-elle. « Étant aux manettes d’un petit barreau – 105 avocats actuellement –, et même si je bénéficie de l’aide des commissions mises en place par mon prédécesseur, Olivier Issanchou, c’est une activité très chronophage. » Pour maintenir le cap, Sandrine Roca mise sur le sport, et notamment sur le cyclisme. Son rêve ? Partir sur les routes afin de partager sa passion des courses cyclo-sportives avec d’autres adeptes partout dans le monde… une fois, bien sûr, qu’elle n’aura plus la tête dans le guidon.

Chloé Enkaoua

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